Samedi 1er juin 2019
Un moment de silence dans ce jardin si vert sous ce ciel si bleu...
En attendant le bleu de la mer
Et le vert de l'Angleterre.
Un moment de silence dans ce jardin si vert sous ce ciel si bleu...
En attendant le bleu de la mer
Et le vert de l'Angleterre.
Dimanche 2 juin 2019
Départ à 9 heures de Vitry
Soleil lunettes
Chemisette à bras raccourcis
Toile légère qui frémit
C'est la route, les vacances.
Pause à Laval
Un peu après midi
Rien dans les rues
Tout est fermé
Les restaurants, les brasseries
La crêpe en deuil
La bière enfuie
L'appétit enfin
trouva à qui causer.
Mais vraiment Laval...
Le Pierre et la ville
Mauvaise compagnie.
Et puis Roscoff
Sans oignons sans Johnnies
Sous la pluie, les parapluies,
Les soucis des capuches
Qui prennent le vent.

Alors on est allé jazzer

Avec les amateurs d'une scène ouverte
Sous un grand chapiteau
Qui prenait l'eau
Avant de rejoindre dans le soir sans bruit
L'hôtel des Tamaris
Lundi 3 juin 2019
Le bateau est à 15 heures. On a le temps d'aller s'assoir sur un banc et "regarder le bon temps tant qu'y'en a". De se balader dans les rues de Roscoff, d'aller au bout de la jetée pour l'île de Batz et se gausser du quart d'heure de traversée. De chercher une guitoune bien cachée pour une crêpe, une salade et puis deux bolées, non un pichet.
15 heures : on embarque. 6 heures de traversée. Que faire? Rien alors entre 2 vagues on poétise à la bonne franquette, on rêvasse, on s'endort, on bouquine...
Noé au carreau
Un rectangle bleu clair au-dessus
Immobile
Le ciel
Un autre bleu plus foncé en-dessous
Mouvementé
La mer
Un trait au milieu
L'horizon
Au fond
Rien n'a changé
Du passé
Le ciel a mangé la terre
La mer a éteint le feu
L'horizon a partagé l'espace
Donné aux deux vainqueurs
Pour l'éternité
Une géométrie radieuse
Sans hommes
et sans dieux.
Et puis c'est l'arrivée à Plymouth en début de soirée. Il nous reste une centaine de kilomètres à faire pour rejoindre notre première étape : Veryan. Conduire à gauche, volant à gauche et Virginie en copilote. La nuit, la pluie et les routes de plus en plus étroites à y perdre son satellite nous conduisent à bon port vers 23 heures. Notre hôte ensommeillée nous accueille avec le sourire et l'exquise musique de cet accent anglais qui va nous accompagner durant tout le séjour.
Mardi 4 juin : La péninsule de Roseland
La pluie. Mais une pluie comme on en rêve après des jours de canicule. Serrée, comme une pelouse anglaise, à en perdre son british accent et son élégante attitude sous des gouttes si épaisses. Au premier breakfast, à l'abri de la "bay window", décollant avec peine la petite cuillère de mon premier et dernier porridge du séjour, je regarde Virginie qui écoute la pluie. Mais pas l'ombre d'un regret pour l'Espagne abandonnée sous les yeux de ma Catalane.
Allez ! Haut les coeurs, première journée sans, les autres seront meilleures. On se lance.
Café expresso à St Mawes. Et puis un peu à droite, un peu gauche et le vent nous porte sur la rive de la Falmouth Bay. Il pleut toujours. Pulls et deux couches d'imper sont de rigueur. On longe un chemin boueux dans les champs. C'est gris et vert et merveilleux. Après deux heures de marche, on découvre une église mystérieusement blottie au milieu d'un cimetière décati. Une humidité compacte et quelques cris de corneilles ajoutent au sentiment d'abandon une note hitchcockienne.
Après avoir rejoint St Just in Roseland, petite bourgade sans grand intérêt, on reprend un bus pour St Mawes. A l'arrêt supposé de la Roseland Company, on discute avec une anglaise de Londres revenue ici chercher sa petite pastry de Proust. Sous les capuches, on se comprend pas si mal et on sourit.
Revenus au port de St Mawes, on croque des "pastries" un peu lourdes dans une guitoune en bord de baie et on opte pour le refuge d'une ville, Truro, où nous attendent une belle cathédrale, une éclaircie et notre première pinte de bière.
Retour à Veryan et diner au New Inn juste en face de notre "home sweet home". Pub du cru. Bonne bière et bonne bouffe.
Un petit oubli : En revenant de Truro, le soleil nous a fait ses excuses pour cette première journée pourrie et du coup, nous sommes allés à pied à Portloe, charmant petit port à 2 miles de Veryan, histoire de nous ouvrir l'appétit.
Mercredi 5 juin
Même bay window que la veille au petit-déjeuner mais avec un soleil comme ça. Ça avait de la gueule. "Oh what a lovely day !! Isn't it so beautiful ?". Et c'est vrai que globalement le day était lovely. Pour la balade du jour, néanmoins, on a préféré prévoir une protection très rapprochée au niveau vestimentaire, vu qu'il y avait quand même quelques lovely clouds dans ce wonderful sky, et on a marché toute la sainte journée sur le coast path. Magnifique. Une nature simple accessible à tous mais sans personne dessus et la mer en bonus. Et puis quoi ! Trois gouttes de pluie, peut-être quatre...
La balade : on est partis de Portscatho, on a fait fait tout le tour de la Red Route à partir de la Towan beach et on est remonté au point de départ par l'intérieur. 9, 5 miles (14,5 km). Et tel le chemin des douaniers en France, ça monte et ça descend.
Et puis le soir, même punition que la veille : Le New Inn. Un jour sans fin comme ça, faut voir...
Jeudi 6 juin
Cap sur la péninsule de Penwith, l'ouest de l'ouest, le territoire des grands vents, des terres rases, du granit râpeux et du schiste coupant. Le pays des mines d'étain et de cuivre aussi, dont les cheminées de briques ponctuent le paysage, rappels d'une misère ouvrière longue de plusieurs siècles (mines à ciel ouvert depuis l'âge de bronze et les premières creusées à même le granit datent du Moyen Age).
Direction Newlyn, le port de Penzance.
Une heure de route sous le soleil. Le pied. Avant de prendre nos quartiers, on s'arrête à Mousehole pour tâter le coast path du coin. Et on se fait une super virée jusqu'à Lamorna un petit village côtier assez banal. Mais la balade vaut la peine. Devinette : Je suis une fleur rose et je laisse mon empreinte tout au long du chemin. Qui suis-je ? (La réponse est sur une des photos du chapitre Cornwall.)
In loving memory
Devant la mer
Tout au long du chemin côtier
Des bancs se sont assis
Avec sur leur dossier
un nom, et son prénom inscrits
Dessous en plus petit
une date de naissance
tient compagnie
A une date de
"c'est fini"
Ces parenthèses papotent sur le sens de la vie
Et se posent des questions
Sur cette âme qu'elles balisent
De deux dates bien précises
Connaissent-elles le défunt ?
La défunte ?
La première l'a lancé(e)
La deuxième l'a recueilli(e)
Elles cherchent
Elles tournent en rond
Elles font des hypothèses
Sur la longueur du nom
La musique du prénom
Mais...
Rien ne vient
Alors après quelques silences
Sans conséquences
Ponctués de soupirs,
Elles se taisent pour de bon
Et retournent à leurs idées fixes
Bien à elles.
La date de naissance
Veut se ficher à l'eau ;
La date de décès
Veut grimper là-haut.
En fait
En regardant la mer bien en face
De ce coin de coast path
C'est la seule solution
Pour que tous les trois
Un jour puissent quitter
Ce foutu banc de bois.
Le long du coast path
Si on s'assoit
Sur un banc
On peut tout imaginer
Et le soir le temps a changé, le vent s'est levé. On a tenté une sortie pour aller manger à Newlyn et on a trouvé un pub "bobo" un peu chérot mais au chaud.
En revenant au gîte on a pris quelques clichés du port avec le soleil couchant. Et ce gros fainéant on l'a attendu le lendemain.
Mais le lendemain...
Vendredi 7 juin
Résumé :
Vendredi très gris tirant sur le noir. Une journée sauvée in-extremis par un dîner original.
Histoire :
Au breakfast, tout le monde fait la gueule derrière la bay window qui nous dévoile un port et cinquante nuances de gris. L'anglais de l'hôte qui nous nourrit de poisson fumé et d’œufs brouillés reste chantant mais on entend bien la note hypocrite. On nous conseille d'aller visiter une mine (c'est prévu mais pour plus tard) ou le St Mickaël's Mont, copie en plus modeste de l'original bénédictin outre-Manche.
C'est opté pour le Mont. A pied, en faisant le tour de la baie, bien couvert ça devrait aller.
Newlyn - Penzance - 1 mile sans pluie. On s'enhardit, on visite Penzance, ville originale avec les drôles de vieilles bâtisses de Chapel Street. On boit un café, le crachin s'épaissit. On quitte la ville par le côté le plus laid (une zone industrielle, de grands entrepôts, sur les bords des 4 voies d'une bretelle de délestage), le vent invite la pluie à nous accompagner. De face.
Penzance-Mazarion : 3 miles. Horrible. On a failli faire demi-tour plusieurs fois. On a continué, pliés en deux, trempés jusqu'à l'os. Deux photos ont survécu. Arrivés à Mazarion, on a péniblement traversé le gué à marée basse (la pluie nous lançait des cailloux), on s'est pointé devant les guichets du Mont. Et là ! Là... Ils nous informent que le site vient de fermer pour cause d'intempéries violentes.
Retour en bus et pause dans la chambre bien chauffée.
Pour dîner, et nous sortir le moral de nos chaussettes mouillées, on choisit d'aller en voiture dans le resto d'entrainement d'une école hôtelière, le Senara. De loin le meilleur repas du séjour english, passé et à venir, le plus original et le moins cher. Merci le guide.
Samedi 8 juin
Il fait beau. Dans ces conditions, on ira jusqu'au bout, jusqu'à Land's End. Et on ira à pied, na ! On va pas se laisser faire...
On pose la voiture à Porthcurno et on descend à la plage pour immédiatement regrimper sur le coast path et visiter ce fameux Minack Theatre, curiosité locale, amphithéâtre à la romaine construit par une femme, Rowena Cade (1893-1983), pour pouvoir y produire des pièces jouées dans un décor naturel magnifique et vertigineux. Rowena c'est le Ferdinand Cheval du cru qui n'a pas hésité à manier la truelle et la pioche pour façonner son rêve. Néanmoins, bourgeoise d'entre les bourgeoises, à la différence de notre facteur national, elle fut aidée par beaucoup et financée par d'autres.
Le résultat est convainquant surtout que nombre de spectacles s'y jouent toujours quand les conditions météo le permettent. (Une mauvaise langue rajoute : "ils ne doivent pas jouer très souvent").
Et puis on a marché sous le soleil et dans le vent sur une dizaine de miles pour rejoindre Land's End par la côte. C'est la partie la plus sauvage et la plus belle que nous ayons vue. Le site de Land's End, quant à lui, est défiguré par un énorme complexe touristique où s'entassent, dans le désordre, des magasins de souvenirs, des cafés, des autobus grand standing, un cinéma, un parc d'attraction sur le roi Arthur, and so on, and so on...enfin le grand n'importe quoi habituel. Je passe.
On reprend un bus pour rejoindre Porthcurno. Il est déjà tard et on roule vers Amalveor, hameau dans les terres où nous attend notre troisième gîte perdu au bord d'une route très, très étroite et qu'on a eu bien du mal à retrouver après être allé manger (et boire !) au Tinners Arms à Zennor.
Dimanche 9 juin
A nouveau, le soleil brille, brille, brille. Au breakslow, le mug à la main, par la baie vitrée, on prend le temps d'apprécier un horizon qui nous emmène jusqu'à Lizard Point, la pointe la plus au sud de l'Angleterre. Après quelques échanges à propos du Roi Arthur avec notre hôte, on met le cap sur Cap Cornwall, le véritable Land's End pour les puristes. Et, c'est ma foi vrai. Le path a su préserver ses gardiens, vestiges miniers d'un autre siècle. Les fantômes d'une autre époque, dure comme le granit.
Déjeuner à Saint Just...
...et retour à Zennor sur les pas des héroïnes des sœurs Brontë.
Quand du haut des vents qui hurlent, Emily écrit, les pierres imaginent un baiser entre Catherine et Heathcliff...
Dîner à Saint-Yves et amende salée pour un p.... de parking oublié.
Lundi 10 juin
Avant de quitter la péninsule de Penwith, nous sommes allés visiter la mine d'étain de Geevor à Pendeen. La dernière équipe de mineurs est remontée en février 1990. La mine, rachetée par la Région, se transforme au fil des ans en Centre du Patrimoine minier grâce à d'anciens employés de la Geevor. On a fait la visite en leur compagnie. Succession de fourbis mécaniques, électriques et chimiques, au fil des bâtiments jusqu'à la visite d'une galerie de premier niveau pour imaginer l'inimaginable et pourtant regretté (d'après nos guides) travail de mineur de fond.




" But Oz never did give nothing to the Tin Man
That he didn't already have " Chanson d' America.
Pour l'après-midi, nouvelle belle balade en bord de mer. De Chapel Porth Beach jusqu'à Ste Agnès Head en passant par Wheal Coast. On voulait profiter du beau temps qu'allait pas durer (foi de froggies) pour voir ses endroits magnifiques, sauvages vantés par notre dernière hôte. Et on a taillé la petite route pour une étape d'une nuit à Newquay, ville balnéaire assez banale mais pleine de charme.
Après Emily, Charlotte :
"Au loin, on voyait une pâle ligne de brouillards et de nuages, plus près un feuillage mouillé, des bosquets battus par l’orage, et enfin une pluie incessante que repoussaient en mugissant de longues et lamentables bouffées de vent." Jane Eyre
On ne s'était pas trompés. Grey was back again...
Du coup on a fait urbain. En remontant la route vers Tintagel, on a visité deux villages : Padstow (fish and chips included) et Port Isaac où Virginie nous a mimé un résumé des romans des Brontë.
Avant d'aller se réchauffer au King Arthur's Arms Inn notre dernière étape pour deux nuits.

On ne s'était pas trompés. Grey was back again...
Du coup on a fait urbain. En remontant la route vers Tintagel, on a visité deux villages : Padstow (fish and chips included) et Port Isaac où Virginie nous a mimé un résumé des romans des Brontë.
Avant d'aller se réchauffer au King Arthur's Arms Inn notre dernière étape pour deux nuits.

Mercredi 12 juin
C'est un gris gentil qui nous invite à une dernière balade de Tintagel à Boscastle. A priori il est prévu du vent, mais pas de pluie. Aller-retour c'est quand même 8 miles de coast path avec pas mal de dénivelé et on avait vraiment pas envie de renouveler l'expérience de Penzance.
C'est parti. On commence par rejoindre le château du supposé Roi Arthur. En fait de château, ce sont plutôt des ruines, et qui plus est, des ruines en travaux de réfection. C'est dire si y'a du boulot !
On ne s'attarde pas plus que ça et on trouve toujours la même félicité à trotter dans cette campagne si typique des Cornouailles anglaises. Le vert des prés, le noir des vaches, le blanc des moutons à tête noire, le bleu-gris de la mer, le gris-bleu du ciel... Pas étonnant que tant d'écrivains soient venus ici chercher l'inspiration. Daphné Du Maurier, les Brontë, John le Carré, Virginia Woolf et d'autres sûrement. Tout est tellement romantique ici.
A Boscastle on s'arrête pour nos pastries quotidiennes et notre ale beer. Les pubs de village, contrairement à nos cafés de "sportifs" dégagent une atmosphère de bien-être et de chaleur humaine. C'est vraiment plaisant, de siroter sa bière et de regarder tout ce monde bouger, rire et souvent brailler mais dans la plus grande cordialité.
Puis on revient. Un peu gris de houblon, le pas nonchalant jusqu'au Camelot Castle de Tintagel, Hotel de luxe, qui laisse les gueux comme nous visiter ses salons du rez de chaussée. Sur la pelouse rasée de frais, juste à côté du Camelot, une voiture bariolée.
Toute la fantaisie anglaise est là.
Dans ce contraste...

Jeudi 13 juin
C'est fini. Tintagel - Plymouth ; Plymouth - Roscoff ; Roscoff - Vitry aux Loges.
On y retournera. Dans pas longtemps, plus longtemps et on ira où le vent nous portera, au nord de l'Ecosse peut-être...
























Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
RépondreSupprimerTrès beau blog comme toujours, magnifiques photod
RépondreSupprimerFantastique. Justement inspirés par les paysages d'une série britannique "Poldark" qui se déroule en Cornouailles , on y veut aller jeter un coup d'oeil. Votre experience nous aidera.
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