Rajasthan


Du 9 au 27 mars 2014

Dimanche 9 mars : Départ de la maison

On prend la route pour prendre l'air. 

Une petite bière à Roissy. La première du voyage (et pas la dernière...).
C'est bien Air India  : on ne s'est pas trompé de compagnie.

Lundi 10 mars - Arrivée à Delhi

Nous voilà en taxi en plein big Jam où la loi de la jungle est de mise. Notre young chauffeur n'a pas dit son dernier mot ; le but est d'arriver entier à notre hôtel pour récupérer du décalage horaire.



Pas une grosse chaleur à Delhi. A rainy day même. L'hôtel "Friends Colony"se trouve dans un ghetto de riches, une zone urbaine cadenassée. 

Autour ça grouille, ça couine, ça klaxonne, ça pue, On connaît de loin tout ça. Mais c'est toujours la même claque. Allez... 



On tente une sortie : les dieux veillent sur le gris. 



Ganesh et Svastika aux portes du ghetto. 


La joie dans la couleur...

Bilan de la première journée : 

Air India nickel mais grosse fatigue quand même because nuit blanche dans l' avion, alors deux bières plus loin... 

On s'endort dans les fauteuils du jardin de l'hôtel.

Delhi-Mandawa - mardi 11 mars

Fin de la première vraie journée au Rajasthan. Il est 18 heures dans notre chambre : le volet du moucharabieh est entrouvert, un chant traditionnel nous berce. A dix kilomètres au sud de Mandawa nous sommes en pleine campagne du Shekhawati et notre première étape nous la dégustons dans un vieil haveli du XIXème.
Flash back sur la journée.
Ce matin à Delhi, c'était le départ avec Hanuman, notre chauffeur pour les 15 jours à venir. Il va nous trimbaler dans une Toyota Innova super classe.
On sort de la mélasse delhinoise après une heure de jam mais on ne va pas beaucoup plus vite. Il y a moins de voitures  mais la route est truffée de nids de poules (d'autruches), et les vaches, les dromadaires, les chiens font partie des usagers habituels de l'asphalte.
Pause déjeuner dans un restaurant qui peut contenir jusqu'à 200 personnes où nous ne sommes que 2 sans personne (d'autre). Pas d'épices s'il vous plaît. Pas d'épices, sir ? Oui, s'il vous plait. Voilà sir, sans aucune épice, sir. Et ? Et au secours... Y-a -t'il un extincteur dans la salle ?
Sur la route, une campagne monotone, pas très exotique, ponctuée de cheminées de fours à briques nous propose ses villages. Beaucoup de marchés, de couleurs, de sourires aussi. Ils ont l'air bien sympas ces Rajpoutes.
Après un dîner obligé dans notre haveli (Le Vivanna est isolé en pleine cambrousse) nous programmons pour le lendemain, les visites de Mandawa, Nawalgarh, et Dundlod.


Sur la route...

Un calme incroyable dans ce patio du Vivaana Haveli au charme suranné. 

Grigris devant notre suite royale. 

L'Ambassador du "Vivanna" haveli et son ambassadrice


Le Léon du haveli. 

Dernière mousse avant le coucher du soleil.



Haveli Day : Mandawa - Nawalgarh - mercredi 12 mars


Il y eut, jadis, des couleurs sur les murs de riches demeures de riches marchands. Les couleurs très vives, bleus, rouges, verts, un peu de jaune aussi, dessinèrent des scènes de vie, des animaux, des mythes. Il y en avait beaucoup, partout et l'air même devait être coloré. Puis les riches marchands sont partis, ont construit d'autres riches demeures ailleurs, ne revinrent plus. Les riches demeures d'ici décrépirent, les couleurs s'ennuyèrent, pâlirent.
Ce que nous avons vu aujourd'hui : cette vaine résistance de la beauté contre l'oubli, la cupidité, l'abandon.
Et...
Entre les deux villages une campagne qui se noie sous les déchets de plastique.
C'est moins beau mais beaucoup plus résistant. Le plastique.











Mandawa - Bikaner - jeudi 13 mars

On quitte le Shekhawati direction plein ouest. 4 heures de route et une pause déjeuner plus tard, on aborde le fort de Junagarh à Bikaner. Des cours, des escaliers, des couloirs, des terrasses, on monte, on se perd, on se retrouve devant des armes, des photos, du mobilier, le tout dans un écrin de marbre, d'or et de bois de santal. Plein les yeux de ce passé. Avons-nous oublié le présent qui pousse son chariot derrière les épaisses murailles ?




Le Fort de Junagarh et ses dorures








Nuit de princes dans un palais hôtel à Gajner.



Bikaner - Jaisalmer - vendredi 14 mars

330 km dans le désert du Thar pour rejoindre Jaisalmer. Un désert pas si désertique. Une steppe plutôt, où survivent épineux rabougris et petits arbres gris avec leur feuillage en parasol : les khejris. Pour la faune : en haut des rapaces (aigles?), en bas des vaches, des moutons, des chèvres, des dromadaires. Tout ce petit monde vaque à ses occupations sans trop se soucier de la gente humaine qui roule avec frénésie. C'est beau une vache au milieu de la route, pensive et paresseuse, ignorante des klaxons.
16 heures : arrivée dans la ville d'or, Jaisalmer. Balade dans les rues près du fort, descente par la rue du commerce jusqu'au lac Gadi Sar, dîner au clair de lune sur une terrasse.
Un jeune chanteur haut comme ça avec une voix comme ça. Ses copains musiciens qui l'encouragent.
Puis, une bière, deux, la douceur de l'air, une musique plus loin encore, quelque part.
S'il y a quelque chose plutôt que rien, autant que ce soit ici et maintenant.














Visite de Jaisalmer - samedi 15 mars 2014

On commence par les temples Jaïns qui ne sont ouverts que le matin. Tout un panthéon de dieux (les Tirthankaras), vénérés par cette communauté pacifiste et végétarienne. On s'y perd un peu dans le "qui descend de qui et qui a fait quoi" mais laissons là la transcendance et laissons-nous bercer par l'immanence (et les odeurs moyenâgeuses des petites ruelles du fort). Des dieux certes, mais des hommes aussi...
Deuxième partie : Le palais qui surplombe la ville. Audioguides efficaces mais ça rentre par un écouteur et ça sort par l'autre. Difficile de retenir tant de détails.
Voici la trame de l'histoire du palais, de sa construction jusqu'à une période récente, et a priori elle pourrait s'appliquer à tous les palais du Rajasthan :
Un prince, issu évidemment d'une lignée divine, a rencontré un jour un ermite sur un site géologique plutôt élevé. L'ermite a dit au prince : Mon gars c'est ici que tu dois construire ton palais, c'est un bon plan, c'est sûr. Une fois le palais construit, le prince est tellement fort, fier, tout rempli du sens de l'honneur le meilleur, que lui et tous ses descendants repoussent des tas d'ennemis et jamais, jamais ils ne sont vaincus. Ou alors une fois ou deux. Ou trois. Sinon quand ils (les princes) ne font pas la guerre (ma foi, ça a l'air assez rare) à d'autres princes tout aussi valeureux ils construisent d'autres palais, des cénotaphes et plus récemment, des écoles et des hôpitaux. Voilà.
Pause déjeuner. On ne le dira jamais assez : la cuisine indienne est délicieuse. Et il suffit de bien insister "no spices, please" pour avoir des plats acceptables pour notre tuyauterie occidentale.
On récupère Hanuman, notre dieu chauffeur en milieu d'après-midi et on passe le reste de la journée à visiter, dans les environs de Jaisalmer, des cénotaphes, des temples hindous et pour finir nous poussons jusqu'à Sam Sand Dunes.
Là est le point de départ des "camels safaris".
Que dire sur cet endroit ?
Résumons en une question : Vous, ça vous dirait de faire la queue  pour aller "visiter" trois dunes balisées par des tours opérateurs ?
Nous, non.
Et un dromadaire qui se la coulait douce nous le confirme : "Vous avez bien raison, parole de Bébert."
Donc petite balade à pied dans les dunes les plus proches et retour à Jaisalmer.
Re-diner sous la lune et hop sous la couette. Euh.... non. Dessus.



 














Jaisalmer - Jodhpur - Holi Day moins 1 - dimanche 16 mars

300 autres km sud est.
Hanuman est soucieux, inquiet même. Demain c'est "Holi day", le jour de la fête des couleurs. En effet depuis quelques jours des sacs de poudre colorée sont ouverts sur les étals des marchands. Rouge, vert, bleu, jaune, pourpre... Une poudre légère et parfumée. Hanuman nous explique la règle du jeu. C'est très simple. Des processions sillonnent les rues des villes dès le coucher du soleil, tambours et chants en tête, hurlant mélopées obsédantes et s'aspergeant copieusement de poudre et d'eau. Le problème, d'après Hanuman, c'est que ça dégénère souvent. L'alcool aidant, les cailloux et les bâtons peuvent remplacer les accessoires classiques et ça peut dégénérer comme un bal de 14 juillet.
Bref il nous conseille de nous claquemurer dans notre guest house et nous récupérera le surlendemain. Courageux mais pas téméraire le dieu singe. Malin, quoi. Et il part planquer sa voiture hors les champs de bataille. Les hordes de barbares ne devraient plus tarder.
Avant, on a eu quand même le temps de visiter la forteresse de Mehrangar et ses magnifiques palais. L'histoire du prince qui rencontre un ermite, je vous l'ai déjà racontée, non ? Je passe...
Donc, arrivée à 17 heures dans notre tranquille guest house agrémentée d'un magnifique jardin et entourée d'un muret. Un calme serein, une ambiance décontractée. L’œil de la tempête ?
Plus tard, nous nous endormons, bercés par les roulements lointains des tambours indigènes incrustés de chants sauvages et terrifiants.
De quoi demain sera-t-il fait ?






 




THE HOLI DAY !!! - Jodhpur - lundi 17 mars

8 heures du matin. Tout étonnés d'être encore en vie, nous prenons 2 american breakfasts dans notre guest house déserte. Vers 10 heures, ça commence à bouger. Le patron de l'établissement nous renseigne sur le déroulement de la journée et nous demande d'abord avec un grand sourire : do you want to play the Holi ? Il nous montre une petite table basse à l'écart dans le jardin où des assiettes remplies de poudres vivement colorées attendent les éventuels gamblers. Alors nous, on n'hésite pas, on se souvient des propos d'Hanouman, de commentaires d'autres voyageurs ( colorants chimiques, toxiques, qui peuvent brûler...). On dit non, les yeux, la gorge, tout ça... et on laisse une volée de touristes espagnols, qui vient d'arriver dans la guest house, se barbouiller à l'arc en ciel.
En fait toute la journée, des Indiens de tout âge, des 2 sexes (c'est rare la mixité, ici !) viennent faire provision de poudres et profiter du jardin pour se tartiner avec grand plaisir. C'est sympa de les voir s'amuser comme des gamins à se courir après avec des pistolets... à eau. On est loin des hordes de barbares déferlant dans les rues armés de gourdins menaçants.
A 17 heures le gérant nous invite à aller sur le toit d'une maison, un peu plus loin dans la rue, pour voir passer le défilé final. Après une heure d'attente, plusieurs compagnies de chanteurs passent en vociférant des airs traditionnels, armés de cannes de hockey sur gazon. Tambours et clochettes sont là pour donner le rythme. Le tout, au niveau sonore, ressemble à un hymne de supporters de football qui bouclerait sans cesse.
Le jour s'étire puis se tire. Le soleil, derrière la colline, réclame son cliché. L'air est si doux...
Bras dessus dessous, on revient dans notre jardin. Oui, notre.
On est si bien accueilli ici, qu'on se sent comme chez soi.














Jodhpur - Udaipur - mardi 18 mars

On quitte Jodhpur la bleue, direction Udaipur la blanche. Hanuman nous redit son aversion pour le Holi day. On avait compris. Sur le trajet (300 km encore) le désert laisse peu à peu la place à un paysage vallonné, puis à de petites montagnes : les Arawallis. Il y a plus d'eau, les blés verts remplacent les cailloux et le sable. On traverse des petits villages tous équipés de puits à noria. On s'arrête au bord de quelques bicoques près de l'un d'eux. Des gamins viennent pousser la roue, une femme donne un peu d'eau à Hanuman qui peut être en boit.
Plus loin sur la route : Ranakpur. Le nec du temple jaïn : le sanctuaire d'Adinath.
Forêt de colonnes, marbres à foison, mastoc vu de l'extérieur mais un sommet d'élégance architecturale une fois la première porte franchie, non sans mal (ils sont très pointilleux les Jaïns sur les tenues des touristes).
Interlude : Toutes ses heures passées à rouler... On commence à partager quelques impressions plus personnelles avec Hanuman, lui nous dévoile quelques infos sur sa vie d'Indien. Il a 2 garçons et une fille, il joue beaucoup au golf ( il a été champion régional ), il tient un business de décorations florales avec son fils aîné. Quant à la Toyota Innova qui nous trimbale, c'est sa voiture et le boulot de chauffeur pour touristes c'est son deuxième business. Il appartient à la varna (caste) des kshatriyas, nobles et guerriers exerçant le pouvoir temporel. Et il est d'une gentillesse extrême.
En fin d'après-midi, on descend sur Udaipur, la ville aux 2 lacs. Ambiance magique : des palais - îles qui flottent sur un miroir, une lumière particulière à cette heure tardive, un dîner sur le toit d'un hôtel (merci à Martine et Gérard pour le tuyau).
Nuit sous un gros ventilateur au dessus du lit. Un petit cafard dans la salle de bains. C'est bien le seul...

















Visite des joyaux d'Udaipur - mercredi 19 mars

Dans notre chambre nous avons un balcon qui donne sur lac Pichola. Sur l'autre rive, le City Palace prend le soleil à pleine façade. Entre le lac et notre hôtel, tout proche, il y a un petit temple dédié à Shiva encadré de deux énormes banians. Une quarantaine de singes black-head s'y balancent langoureusement avant d'être chassés par le gardien du temple. On serait bien resté là à regarder les élucubrations de nos cousins mais on a du boulot.
Première partie : balade sur le lac Pichola. Sur une barque à moteur remplie d'homotouristus appareilautofocus nous prenons le cap pour Jag Mandir, l'île palais. Visite et retour en contournant, de loin, le Lake Palace Hôtel, autre île palais. Le Lake Palace Hôtel, c'est le cliché par excellence d'Udaipur. Je ne vous dis pas comment ça déguénait sec de l'objectif dans la barquette.
Deuxième partie : visite du City Palace. Deux heures et demi à déambuler dans le palais d'Udai. Rien à dire ou plutôt trop. Ça n'arrête pas. Des murs aux plafonds, de niches cachées en galeries ouvertes, de peintures en dorures, ça doit être vrai : les Udai descendent du soleil. D'ailleurs, ils ont pris du galon : ce sont des Maharanas, la gamme au dessus des Maharadjas.
Dans le palais musée, il y a beaucoup de touristes indiens. Nous avons sympathisé avec une famille que nous avons prise en photo.On s'est croisé plusieurs fois dans la journée, au palais et ailleurs. A chaque fois, des cris de joie, des sourires, des promesses.
A ce propos une précision : Les Indiens sont, à notre égard, d'une gentillesse extrême. Partout des mots d'accueil, des sourires, parfois une petite tentative de nous refourguer leur camelote, mais franchement aucune pression de leur part. Voilà c'est dit.
Troisième partie : On retrouve Hanuman qui tient absolument à nous faire visiter un temple. Il en profite pour,discrètement, prier. Du coup, on a parlé de religion. Il est très croyant. Je lui dis que nous, non. Il sourit et me dit que c'est impossible en m'expliquant, main ouverte que chaque doigt appartient à une main et que c'est la main qui décide et pas le doigt. Je vous expliquerai...
Quatrième partie : Un parc en bordure de l'autre lac. Ambiance familiale (indienne), chaleur estivale mais pas de Pastis Duval.
Un dîner près du lac et notre première déception : ambiance bobos internationaux genre expat-qui-se-la-pète (extrait de conversation à la table voisine : "Il paraît, ma chère, que c'est absolument magnifique la Corée du Nord..."), service obséquieux, bouffe dégueulasse. C'était écrit dans le Routard. On était prévenu. Tant pis.





























Udaipur - Bundi - jeudi 20 mars

Après le grand sud, direction nord est à 300 km : Bundi. Et une étape incontournable à mi chemin : Chittorgarh. THE forteresse ! Ancienne capitale de la région, le Mewar, et trois défaites contre les Moghols. C'est bien de le reconnaître. Surtout qu'à chaque fois, c'est le johar dans la joie (des milliers de femmes s'immolent pour ne pas tomber entre les sales pattes de l'ennemi) et les hommes, sabre au clair et en tenue safran, vont charger une dernière fois fors l'honneur. 
Cinq kilomètres sur un. Une superficie pleine de ruines majestueuses envahies par des singes et des kyrielles de lycéennes indiennes venues dépoussiérer de leurs rires joyeux ce triste et magnifique passé.
La deuxième partie du trajet est plus bucolique, vallonnée. Pour une fois (presque) pas de plastique sur les bas-côtés de la route. 


























Enfin, c'est l'arrivée à Bundi, la ville ni blanche, ni bleue, ni jaune mais... poussiéreuse. Pas de goudrons à certains endroits, des vaches bien sûr, mais aussi des sangliers, des singes, des motos à klaxons à moins que ce soient des klaxons à moto dans des rubans de rues très étroits où, franchement, quatre piétons marchant de front ne laisseraient rien ni personne passer. 
L'Inde d'avant. Un grand bond en arrière. Des boutiques plein les trottoirs, des vieux métiers plein les boutiques, un monde fou (peu de touristes), la cacophonie habituelle et cette odeur, parfois, entre la ferme et la poubelle...
Hanuman tient à nous faire visiter un autre temple à l'écart de la ville. Autre moment de partage avec ce chauffeur si attentionné.
Puis dîner au bord du lac, les bières, les chapatis (les sou'is dansent), les paneer, les raïtas... La routine, quoi. Bien qu'un peu frais : 25° vers 23 heures.
Encore une dure journée...


Bundi - vendredi 21 mars

C'est l'étape sportive du séjour. Grimpette d'une demi-heure pour atteindre le fort de Taragarh, situé au dessus du palais Garh. Partis à l'aube, vers 10 heures, on nous répète à plusieurs reprises sur le trajet : Be careful ! Cause of the monkeys. Il y a à Bundi 2 types de singes. Les bons, les black-head et les méchants, les red-ass (voilà ce que c'est que de manger trop épicé). Les bons sont dans la ville, les méchants ont été repoussés sur les hauteurs et ont choisi d'établir leur QG dans les ruines du fort abandonné. On les appelle les révoltés de Bundi. Non ? Bon ok ça casse pas trois noix de coco...
Bref, Virginie s'équipe de 2 bâtons, moi, de mon insouciance, et on débarque dans ce fort en ruines qui s'étale sur plusieurs hectares. Nous sommes seuls à errer parmi les fabuleux vestiges d'une beauté qui recouvre pudiquement ses fastes passés d'une végétation anarchique et d'une poussière séculaire, corrosive.  Et puis quoi ?
 L'éternité...
Au pays de la réincarnation, les enveloppes comptent si peu...
Et les red-ass nous ont foutu la paix, eux aussi.
Après-midi glandouille.
Soirée dans les ruelles sombres entre boutiques, vieux métiers, marchés aux légumes.
Ô tempora ! Ô mores !




























Bundi - Pushkar : samedi 22 mars

On remonte Nord-Nord Ouest, 3 heures d'une route au paysage un peu monotone. On arrive vers 13 heures à Pushkar. Hanuman nous débarque à notre hôtel et s'en retourne certainement chez lui à Jaipur. Il reviendra nous rechercher le surlendemain.
Pushkar est aux Hindous ce que Lourdes est aux Catholiques : un lieu de pèlerinage sacré. C'est une petite bourgade entourée de collines avec au milieu un lac lui-même entouré de gradins : les fameux ghâts. Fameux parce que tous les Hindous en pèlerinage viennent y faire leurs ablutions, laver leur linge, se laver eux-mêmes...
Plus ou moins interdits aux non-Hindous, chaussures et appareils photos prohibés, des consignes strictes sont rappelées à chaque entrée de ghât.
De notre hôtel, vieille bâtisse coloniale "au charme suranné", nous avons une vue magnifique et plongeante (3ème étage ) sur l'ensemble des ghâts. Assis sur de vieux fauteuils, protégés par le balcon à colonnades de la terrasse, on ne se lasse pas de regarder le spectacle dont les acteurs sont, cette fois-ci, sur les gradins.
D'autant qu'à Pushkar, à l'exception de quelques temples sans grand intérêt, d'une profusion de boutiques à "toutous", il n'y pas grand chose à faire.
Ah, mais si !!!! J'oubliais. Dans les ruelles du Tout-Pushkar, à la terrasse des cafés débranchés, on peut aussi y admirer les descendants d'une lignée sur le déclin : les babas-cool. Internationaux, attifés comme leurs (grands) parents, très négligés de chez tatouages, dreadlocks, cotons-multicolores-pour-pas-une-roupie, mais équipés comme des traders dernière génération (tablettes, ordinateurs et smartphones), ils déambulent par petits paquets très soucieux de leur apparence très très très... euh... décontractée, s'affalent dans les gargottes, parlent peu, ne rient jamais et à la nuit tombée après avoir fumé une dernière bidî, retournent dans leur hôtel de luxe préparer la tenue du lendemain.
Bon, allez, assez médit(é).
Ce soir, c'est Pushkar Lake Festival. Des danses indiennes et musiques d'Odissi. De la grâce, du raffinement, du rythme.
De bien belles images pour la nuit.



















Pushkar - dimanche 23 mars

Brahma, Shiva, Vishnu, nous avons deambulé dans des ruelles moins commerçantes où les temples consacrés à ces trois divinités majeures sont légion. A Pushkar, en quantité, c'est Vishnu qui gagne mais en fréquentation, c'est celui de Brahma qui l'emporte. Une sombre histoire de jalousie entre Brahma et sa régulière a fait que ce temple est le seul dans toute l'Inde à lui être attribué.
Nous avons aussi suivi  une procession de chars de divinités secondaires, Hanuman, Garuda, Ganesh entrecoupée de Brass Band aux musiques fanfaronnes qui sonnent comme les bandes originales des films d'Emir Kusturica.
Petite pluie d'orage en fin de journée et pause détente dans une boutique de CD audio pour faire provision de musiques locales. La boutique fait cinq mètres carrés et nous sommes assis sur de petits tabourets devant le vendeur un peu sourd qui fait valser les morceaux pour nous accrocher l'oreille et le porte monnaie. Il a réussi son coup pour notre plus grand plaisir.
Demain, dernière étape : Jaïpur, la capitale du Rajasthan.






Pushkar - Jaipur - lundi 24 mars

Hanuman me regarde dans le rétroviseur intérieur. Ses yeux rient. Je lui dis : everything's possible ! Il me répond en secouant la tête : yes sir, everything ! Sur la highway six lines qui nous mène à Jaipur, une vache marche à contre-sens sur la voie la plus rapide. Avant il y eut un tracteur, quelques motos, un vélo... Everything, quoi.
Petit jam en arrivant sur Jaipur mais rien de comparable avec celui de Delhi.
Après-midi : Visite du City Palace, de l'observatoire, passage éclair devant la magnifique façade du Palais des vents et alors que l'on cherche désespérément dans les rues du bazar du coin, LA pâtisserie qui fait LE meilleur Kulfi (une glace à la pistache, aux amandes et la cardamome pour laquelle Virginie est prête à se damner sur plusieurs générations) un énorme orage éclate sur la ville. Pluie, grêle, gros coups de vent, on a tout juste le temps de se réfugier dans une minuscule boutique qui vend... oui, qui vend quoi, d'ailleurs ? Sûrement des chaussures... Bref, nous sommes une douzaine de réfugiés sur trois mètres carrés et les Indiens, toujours adorables, nous aménage un petit banc de fortune rien que pour nous deux en attendant la fin du grain qui dure encore une bonne demi heure. Dans une grosse ville comme Jaipur, le problème ce n'est pas tant l'eau qui tombe mais celle qui coule...après. Les rues sont devenues de petits torrents qui charrient tout ce qui traîne. Yes sir, everything ! Et ça fait du monde et rarement du beau.
Du coup, on patauge pour choper un rickshaw et on retourne à l'hôtel pour mettre des chaussures à la place de nos sandales imbibées. On se désinfecte les pieds. Puis, re-rickshaw et downtown à nouveau pour casser la croûte.
Dîner dans un restaurant végétarien très kitch, très fréquenté par les Indiens.
Et au dessert... il y avait quoi au dessert ? Hein ? Ben oui, un Kulfi !
Après le déluge, le délice...































Jaïpur - mardi 25 mars

L'essentiel de la "Ville rose" ayant été visité la veille, Hanuman nous conduit à une dizaine de kilomètres sur les hauteurs de la nouvelle capitale au lieu-dit de l'ancienne : Amber. Et son fort. 9 kilomètres de murailles, un palais perché sur une falaise, des paysages de petites montagnes tout à l'entour. Le site est très prisé, bien sûr, et a résisté de nombreuses années à tout un tas d'assaillants (d'ailleurs on dit toujours : Amber et contre tous) mais pas aux hordes de touristes de ses dernières années (dont nous autres). C'est la rançon du succès, le revers de la médaille, le prix à payer, bref faut faire avec. C'est vrai que jusqu'à maintenant, on avait été plutôt épargné côté tourisme de masse. 
Après deux heures et demi de visite et plusieurs centaines de marches à monter et descendre (le palais est sur trois niveaux) Hanuman nous emmène dans un joli petit parc à temples dont il a le secret et où, pour le coup, il n'y a personne, sinon quelques familles indiennes. Échanges de politesses, photos partagées, calme et sérénité. 
L'après-midi on retourne à pied au centre ville par des petites rues, comment dire...très typiques (faudrait pouvoir photographier en odorama), et on pénètre dans les "bazars".
On baguenaude, le nez en l'air de ne pas s'y laisser prendre, d'ailleurs on vient juste de se jurer entre nous qu'on ne ramènera aucune "cochonnerie pour touriste", et on se retrouve en cinq sec, assis sur un petit banc, devant un papy à turban qui nous ensevelit sous une avalanche d'écharpes de toutes les couleurs. En dix minutes, ça ne fait pas un pli, pour trois bouts de tissus (superbes et vraiment, vraiment....superbes), le papy annonce un prix, je le divise par trois, il remonte en dessous de deux et pour finir je me fait "enfler" des 2/3 au moins. 
Le principal comme dit mon interlocuteur : You happy, me happy. 
Et c'est vrai. 
Retour en rickshaw, dîner à l'hôtel.
Demain, c'est le retour sur Delhi. 250 kilomètres nord-est. Autoroutes aux passagers improbables. Modernité en cours de destruction dans les bourgs traversés et le jam de la capitale pour finir.
Et jeudi, Indira Gandhi Airport et retour en France.
La boucle est bouclée.



notre chambre dans le Samode Haveli












2 commentaires:

  1. Je prends seulement le temps de lire votre blog: c'est un plaisir, de belles photos, des textes sympas avec de l'humour...et puis, pour moi, beaucoup de souvenirs qui resurgissent.
    Bisous et à bientôt j'espère.
    Anne

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  2. bel humour ,belles photo ,beau voyage
    Isabelle une amie de Jean Louis qui m'a envoyé le lien

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